deux manières d'organiser sa veille
Organisation

Comment organiser sa veille sans passer par les réseaux sociaux ?

Vous le savez si vous suivez ce blog depuis un moment, cela fait plusieurs mois que j’essaie de m’affranchir des réseaux sociaux. En ce qui concerne Twitter et Instagram, j’ai pu m’en départir sans trop de difficultés. Une simple période de déconnexion m’a permis de me rendre compte de leur inutilité la plus totale.

En ce qui concerne Facebook, je ne parviens pas encore à m’en passer complètement. Je veux garder l’accès à mes contacts et à certaines informations diffusées via les groupes ou les événements.

En revanche, je voulais réduire mes passages au strict nécessaire et j’ai donc fait quelques adaptations en ce sens. J’ai notamment « supprimé » le fil d’actualité en me désabonnant de tous les contacts et toutes les pages.

Or, au fil des années, j’avais pris l’habitude de suivre de manière assez passive toute une série de pages Facebook ou comptes Instagram liés à des sites afin de me tenir au courant de leurs nouvelles publications. Supprimer le fil d’actualité et réduire (voire supprimer) ma fréquentation des réseaux impliquait donc de réorganiser ma veille.

Par « veille », j’entends le fait de me tenir au courant de l’actualité d’un secteur ou d’une thématique particulière, mais aussi le fait de suivre certains sites ou blogs.

Heureusement, il y a des méthodes à la fois simples et beaucoup plus efficaces pour cet objectif. Car oui, j’argumenterais qu’en plus de tous leurs défauts, les réseaux sociaux sont de très mauvais outils pour suivre l’actualité. 

Pourquoi les réseaux sociaux ne sont pas efficaces pour construire sa veille ?

Cinq raisons principales me viennent en tête pour justifier pourquoi c’est une mauvaise idée de se fonder sur ces plateformes pour se tenir au courant d’une actualité, quelle qu’elle soit.

1. On perd le contrôle sur les informations qu’on reçoit

Depuis 2009, les publications qui apparaissent dans le fil d’actualité ne sont plus présentées par ordre chronologique inversé. Elles sont régies par un algorithme, qui nous présente les informations, non pas en fonction de ce qui est le plus susceptible de nous intéresser, mais de ce qui sera le plus à même de susciter de « l’engagement », c’est-à-dire nous amener à réagir par un like, un commentaire, ou un clic. Même si on suit les pages qui nous intéressent, la composition du fil d’actualité n’en représente souvent qu’une petite partie.

2. On manque une grande partie des informations

On estime qu’une publication d’une page (hors publicité) est vue en moyenne par seulement 6,4 % des abonné.e.s. Nous ne voyons donc qu’une infime partie des publications postées par les pages que nous suivons. Cela est dû non seulement au tri par l’algorithme, mais aussi à l’énorme quantité de contenus que véhiculent les réseaux. Pour avoir une chance de voir passer les publications des pages, il faut soit interagir très régulièrement avec celles-ci, soit se connecter au bon moment.

L’effet collatéral de cette statistique, c’est qu’elle provoque énormément de bruit. Et par conséquent…

3. On passe son temps à trier les informations pertinentes du bruit

Il s’agit sans doute de ma plus grande frustration en tant qu’utilisatrice de ces services. Il faut bien le dire, la plupart des publications que je vois passer sont inintéressantes, inutiles, voire nuisibles. Les réseaux me montrent une quantité phénoménale de choses que je n’ai pas demandé à voir. Parvenir à trouver l’information pertinente dans tout ce bruit me demande une énergie mentale que je refuse désormais de concéder.

Cette frustration est due notamment à la présence des publicités, mais pas seulement. Le modèle de l’économie de l’attention incite les créateurs et créatrices de contenu à publier beaucoup, parfois aux dépends de la qualité et l’intérêt des publications. Mais cela va plus loin. Les réseaux nous font croire que le monde attend de connaître notre opinion sur tous les sujets, ou les détails de notre vie. Ils nous rendent accrocs en nous donnant l’illusion que nous sommes intéressants et nous poussent ainsi à contribuer sans cesse au bruit ambiant.

En plus de devoir trier le bruit, on doit changer de contexte en permanence. Les actualités politiques sont mélangées avec les photos des amis, les vidéos de chat, les recettes… Bref, on passe constamment du coq à l’âne. Non seulement c’est plus difficile d’appréhender toute la portée des publications qui sont ainsi sorties de leur contexte, mais en plus ça a un effet délétère sur notre concentration à long terme.

4. On simplifie des données complexes

Un autre effet pervers de l’algorithme, c’est l’uniformisation des discours. Plus une publication est populaire, plus elle sera visible. Et plus elle sera visible, plus elle sera populaire. Or, les publications qui font le buzz sont souvent des phrases choc, des sujets à polémique, des vues extrêmes. En comparaison, les réflexions plus complexes, nuancées, ou à contre-courant de la bien-pensance auront moins de chances d’être promues. Car celles-ci requièrent pour être appréhendées un état d’esprit qui est aux antipodes de celui qu’on adopte lorsqu’on fait défiler les fils d’actualité.

Ce phénomène ne concerne pas uniquement les réseaux sociaux, mais tout ce qui est sous le contrôle d’un algorithme. Par exemple, les recherches Google vont placer en première page les sites qui sont les plus visités. Et puisque personne ne consulte les résultats au-delà de la première page, ce sont ces sites qui gagneront toujours plus en popularité.

Même la recherche scientifique n’est pas épargnée. Une étude publiée dans Science en 2008 examine l’évolution des citations depuis la généralisation de la mise en ligne des publications scientifiques. Elle constate que les chercheurs, alors qu’ils ont accès en théorie à beaucoup plus de sources, citent moins d’articles qu’auparavant et ceux-ci sont généralement plus récents. Les moteurs de recherche déterminent l’information qui vaut la peine d’être montrée et, par l’effet d’une boucle de rétroaction, en amplifient la popularité.

5. On s’enferme dans une chambre d’écho

Parallèlement, les réseaux sociaux engendrent la création de chambres d’écho médiatiques. Nous sommes principalement exposés à des opinions qui vont dans notre sens, l’algorithme filtrant toute opinion dissidente. Ils créent l’illusion d’un consensus. Or se confronter à une diversité d’opinions (pour autant que celles-ci soient bien argumentées) est une étape indispensable du développement de l’esprit critique. S’informer sur l’état du monde uniquement à travers les réseaux ne permet pas d’avoir une vue à 360°C d’une problématique. Cela nous incite à nous enfermer dans des points de vue radicaux, voire nous rend vulnérables aux théories du complot. On aboutit à une polarisation toujours plus grande de la société.

Deux manières simples d’organiser sa veille

Ces cinq arguments viennent s’ajouter à la pile des bonnes raisons de réduire sa présence sur les réseaux sociaux. En matière de veille, j’ai donc effectué un complet rétropédalage en revenant vers des méthodes très old school, mais dont l’efficacité n’est plus à prouver : les newsletters et les flux RSS.

L’abonnement aux newsletters

La newsletter a traîné une mauvaise réputation car elle était assimilée à de la publicité et à du spam. Mais elle est en train de prendre un nouvel essor. De plus en plus de sites proposent aux internautes de s’abonner à une newsletter par email. Cela peut aller d’une simple notification en cas de nouvelle parution à un contenu complémentaire et inédit.

La raison est simple. C’est un moyen bien plus efficace pour les créateurs et créatrices de contenu de toucher leur audience qu’une publication sur les réseaux sociaux qui ne sera vue que par une petite fraction des abonné.e.s. L’outil permet également de créer une communauté plus engagée. Laisser une adresse email est une marque de soutien plus forte qu’un like sur la page Facebook. La newsletter permet enfin de se préserver des modifications d’algorithmes qui pourraient diminuer encore davantage la visibilité. Car rien de ce qu’on poste sur les réseaux sociaux ne nous appartient. On ne fait finalement que « louer » une audience. En comparaison, une mailing list est plus stable. C’est pour ces raisons que je l’ai moi aussi implémentée sur mon site.

Du point de vue de l’abonné.e, l’avantage est qu’on s’assure de ne rien manquer des nouvelles publications, même si on souhaite se tenir à distance des réseaux sociaux.

L’inconvénient, par contre, c’est que les newsletters peuvent rapidement encombrer notre boîte mail, surtout lorsque le rythme de publication est fréquent. On n’a pas non plus toujours le temps de les lire lorsqu’elles se mélangent à des emails plus urgents à traiter.

C’est pour cela que l’abonnement à la newsletter n’est pas mon système de prédilection pour la veille. Je me désabonne systématiquement de tous les courriers à destination commerciale (surtout lorsque je ne me suis pas abonnée intentionnellement). Idem quand le rythme de publication est trop fréquent. Je ne garde donc qu’un petit nombre de newsletters, soit parce que je ne veux absolument pas manquer les nouvelles publications d’un site, soit parce que la lettre offre du contenu intéressant et inédit.

Pour le reste, je préfère passer par le système des flux RSS.

Les flux RSS comme stratégie de résistance face à l’économie de l’attention

Le RSS est un système de syndication qui s’alimente automatiquement en fonction des mises à jour d’un site. En souscrivant à un flux RSS, on peut donc facilement suivre l’actualité des nouvelles publications.

C’est loin d’être une technologie révolutionnaire. Le RSS existait déjà il y a 20 ans, mais il est tombé en désuétude depuis l’essor des réseaux sociaux. Pourtant, il offre de nombreux avantages. Il est d’ailleurs en train de refaire son comeback auprès des internautes qui comme moi souhaitent reprendre le contrôle de leur veille.

Comment utiliser les flux RSS en pratique ?

On utilise un agrégateur de flux qui va se charger de collecter les nouvelles publications et les rassembler en un seul endroit. On crée de cette manière un magazine personnalisé avec les sources que l’on a sélectionnées.

Pour l’instant, j’utilise Feedly, un peu par défaut, mais qui me convient bien. Il y a des alternatives libres mais elles requièrent souvent des compétences plus techniques pour l’installation que je n’ai pas encore réussi à totalement appréhender.

Pour ajouter de nouvelles sources à son tableau de bord, il y a deux manières de procéder. Soit on le fait directement dans l’application, soit on installe l’extension sur son navigateur qui permet d’ajouter les sites automatiquement.

En faisant quelques recherches pour cet article, je découvre qu’il est même possible de s’abonner au flux d’une chaîne YouTube et de visionner les vidéos dans l’agrégateur RSS en y ajoutant simplement l’adresse de la chaîne comme nouvelle source. On peut ainsi suivre une chaîne en contournant complètement la plateforme.

L’agrégateur est donc un excellent moyen de se reconstituer un fil d’actualité dont on a le contrôle.

  • Il se constitue uniquement de publications auxquelles on a souscrit au préalable. On évite le bruit et les publicités.
  • Il classe les publications par ordre chronologique et non par popularité. Il ne filtre rien, on ne risque donc pas de manquer quelque chose.
  • On l’organise comme on veut, puisqu’il permet de classer les différents abonnements par thématique. On limite ainsi les changements de contexte.
  • Il permet une lecture des contenus plus zen, ce qui est préférable pour la concentration.

Il est temps d’arrêter de laisser les réseaux sociaux monopoliser tous les aspects de nos vie, et en particulier la manière dont on s’informe sur le monde. Les flux RSS sont une bonne manière de reprendre le contrôle, petit à petit !

Crédits photo : Utsav Srestha sur Unsplash

2 Comments

  • Anne

    Je souscris complètement à cette vision et ça me donne envie de reprendre mon compte Feedly.
    Par contre, je trouve cette phrase* un peu dure pour le genre humain. Moi j’aime bien les partages personnels, spontanés, et je trouve qu’il y en a de moins en moins…
    * »Ils nous rendent accrocs en nous donnant l’illusion que nous sommes intéressants » 😉

    • slowkairos

      Oui, c’est vrai que j’ai une vision un peu sévère, je le reconnais. 😉
      Ce n’est pas tout le temps le cas bien sûr, mais c’est tout de même une dérive que je remarque et dans laquelle je suis moi-même tombée (car je m’inclus dans le tas). Je pense surtout à Instagram et aux stories dont certains comptes abusent. Je ne crois pas que savoir ce que je mange pour le petit déjeuner va vraiment changer la vie des gens. Idem avec Twitter où certain.e.s se sentent obligées de donner leur avis sur tout et n’importe quoi sans connaître vraiment les problématiques dont ils parlent. Tous ces comportements ajoutent du bruit au bruit et sont encouragés par l’écosystème de ces réseaux. Ça reste très superficiel et de moins en moins spontané, comme tu le dis, car on finit par créer une représentation de notre vie qui n’est pas conforme à la réalité. Et si on rajoute à ça le formatage qui fait qu’on a tendance à se conformer aux codes visuels et de contenu des autres, on finit par manquer complètement d’authenticité.
      Merci pour ton commentaire ! 🙂

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